Logo ANAP
Ce site requiert l'activation de javascript pour être utilisé, merci de l'activer.
S'abonner

Selon les données de la littérature relatives à l’implémentation des dispositifs e-santé, les enjeux organisationnels sont en termes d’importance et d’impact largement plus prégnants que les aspects techniques. En cela, ils reflètent la complexité de l’organisation de l’offre de soins proprement dite par la multiplicité des acteurs, la complexité des interactions entre eux et à plus forte raison à l’interface ville - hôpital qui peut générer plusieurs points de rupture dans la continuité de la prise en charge.

Ainsi, il est important de bien considérer d’emblée les enjeux organisationnels et l’implication de l’ensemble des acteurs concernés par la prise en charge du patient. Toute rupture dans la coordination des acteurs dans le processus de soins constitue un risque pour la qualité et la sécurité de la prise en charge du patient d’une part et pour l’efficience des organisations d’autre part.

L’identification des besoins des patients et des acteurs intervenant dans leur parcours de soins représente la première brique à construire dans le développement et l’implémentation des dispositifs e-santé. Le degré de granularité des besoins identifiés est déterminant pour une implémentation efficace de ces dispositifs.

Identification des besoins

Le développement et l’implémentation des dispositifs e-santé pour le télésuivi du patient sous anticancéreux oraux doivent impérativement tenir compte de deux volets :

  • La performance technique du dispositif pour répondre aux besoins du patient et de chaque acteur du parcours de soins afin de fluidifier la circulation de l’information tout en assurant la sécurisation des données des patients ;

  • La coordination des acteurs entre eux afin d’éviter des ruptures ou des discontinuités dans le continuum de soins. Cette coordination ne dépend pas exclusivement du dispositif connecté.

C’est la combinaison de ces deux volets en tant que couple technologie-coordination qui est traitée tout au long du présent guide.

La définition des besoins constitue une phase cruciale dans le développement et l’implémentation des dispositifs e-santé. Elle conditionne la détermination des fonctionnalités de l’outil et l’adhésion des utilisateurs. Il est important de considérer les besoins des différents utilisateurs en fonction de leurs habitudes, leurs habiletés à utiliser les technologies et leurs intérêts. Les besoins identifiés ci-après ont été définis à partir des retours d’expériences étudiés complétés des données de la littérature dans ce domaine.

Besoins des patients (proches)

La conception d’un dispositif connecté nécessite une identification minutieuse des besoins des patients (et proches le cas échéant). Ces besoins peuvent être regroupés en quatre critères qui concourent à l’amélioration de l’adhésion des patients et de l’observance de leur traitement :

  • Information ;

  • Soutien ;

  • Conseil ;

  • Accompagnement / aide à la décision.

En effet, quatre facteurs de risque principaux à l’origine d’un manque d’adhésion des patients et d’inobservance des traitements par les anticancéreux oraux sont rapportés dans la littérature, sur lesquels il est possible d’agir à l’aide des dispositifs e-santé :

Les patients ont besoin d’instructions claires au sein de l’application concernant l’attitude à adopter en cas d’urgence versus les situations non urgentes.

Par ailleurs, il est important d’apprécier le niveau d’usage des dispositifs e-santé par les patients et leur aptitude à les utiliser dans leur parcours de soins.

Besoins des équipes hospitalières : oncologues / hématologues, pharmaciens et IDE

  • Sécuriser la prise en charge du patient sous anticancéreux oraux à domicile : garantir le même niveau de qualité des soins que le patient pris en charge en hôpital de jour sous la surveillance étroite des équipes de soins ;

  • Faciliter l’orientation du patient dans le système de soins. En effet, les patients sous anticancéreux oraux sont souvent exposés à des complications de leur traitement à domicile sans savoir forcément vers qui il faut se tourner. Ils sont souvent livrés à eux-mêmes et peuvent avoir recours à de multiples interlocuteurs plus ou moins formés à ces thérapeutiques et à la prise en charge spécifique. Les médecins traitants connaissent peu les nouveaux médicaments et renvoient souvent, par sécurité les patients vers l’hôpital ;

  • Être en mesure de détecter précocement les toxicités lorsqu’elles sont encore peu sévères. Cela permet de faciliter l’intervention des professionnels libéraux si des protocoles de prise en charge sont préétablis en fonction des symptômes signalés par le patient ;

  • Développer l’autonomisation du patient à domicile et le placer au coeur de sa prise en charge en promouvant des actions éducatives sur sa thérapeutique afin de lui donner les moyens pour mieux comprendre les enjeux liés à la bonne observance de son traitement ;

  • Permettre un suivi rapproché et une prise en charge personnalisés au patient ;

  • Faciliter le quotidien des patients qui n’ont pas accès facilement à un professionnel de proximité, donc permettre une équité d’accès aux soins et lutter contre les inégalités territoriales ;

  • Faciliter le parcours de soins en resserrant les liens entre les différents acteurs impliqués dans la prise en charge ville - hôpital ;

  • Définir et formaliser les modalités du suivi clinique : mettre en place un système d’alertes programmées, via des algorithmes de décision, afin de permettre aux IDE d’assurer le suivi clinique des patients, avec une supervision médicale ;

  • Pallier les difficultés d’accès aux oncologues de l’établissement hors consultation pour des raisons de disponibilité, ou de l’insuffisance de l’implication de certains médecins traitants ;

  • Disposer d’outils simples d’utilisation et n’entraînant pas une surcharge de travail pour les équipes hospitalières pour permettre une réactivité face à la demande du patient. Les rapports sur les symptômes hebdomadaires qui sont envoyés par les patients aux équipes hospitalières devraient être concis et faciles à comprendre. Ces rapports doivent fournir une liste des symptômes signalés par le patient dont le niveau de gravité doit être facilement interprétable par les cliniciens, (ex. : niveau de gravité des symptômes reportés identifié par une couleur et / ou une valeur numérique) pour orienter le patient vers le bon circuit sans perdre de temps.

Besoins des acteurs de premier recours (professionnels de santé libéraux, réseaux de santé, associations de patients)

Le développement croissant des thérapies ciblées orales engendre un déplacement du centre de gravité de la prise en charge du patient cancéreux de l’hôpital vers la ville. Il induit de facto un changement de paradigme en interrogeant le rôle des acteurs de premier recours par le transfert de compétences nécessaire de l’hôpital vers la ville. Dans la relation entre professionnels de l’établissement de santé et les acteurs de premier recours, la mise en place d’un échange de données dans le suivi des patients et des fonctionnalités permettant leur partage (messagerie sécurisée, documents d’information et annuaire en ligne, etc.) sont des prérequis d’un dispositif connecté.

Les besoins des acteurs de premier recours portent aussi bien sur les fonctionnalités techniques des dispositifs e-santé que sur la fonction de coordination qui ne peut être numérisée en tout point au même titre que la prise en charge dite « standard » (assistance téléphonique formalisée).

  • Médecin traitant :

  • Faciliter la consultation des données du patient : mise à disposition d’un document récapitulant le déroulement du traitement pour le patient (Plan personnalisé de soins, PPS) ;

  • Disposer des informations liées aux traitements, aux effets indésirables, aux interactions médicamenteuses (fiches médicaments) ;

  • Disposer de fiches de gestion des effets indésirables pour le patient : mesures à prendre en cas de complications ;

  • Pouvoir remonter des alertes à l’équipe hospitalière en cas d’événements indésirables importants ;

  • Pouvoir renseigner des données utiles à porter à la connaissance des équipes hospitalières pour les prochaines consultations ;

  • Avoir la possibilité de prendre contact rapidement avec l’équipe hospitalière (IDE, un numéro de téléphone dédié) et le pharmacien d’officine ;

  • Être informé en cas d’ajustement du traitement ou d’hospitalisation du patient ;

  • Connaître les bonnes pratiques en termes d’orientation dans le réseau de soins du patient.

  • Pharmacien d’officine :

  • Faciliter la consultation des données du patient : mise à disposition d’un document récapitulant le déroulement du traitement pour le patient (Plan personnalisé de soins, PPS) ;

  • Recevoir l’ordonnance du patient par le pharmacien hospitalier, après la consultation pharmaceutique, afin d’anticiper la disponibilité du traitement oral ;

  • Disposer des informations nécessaires (biologie, antécédents, traitements associés, etc.) à l’analyse pharmaceutique, notamment quant aux contre-indications, aux effets secondaires et aux interactions médicamenteuses et non médicamenteuses ;

  • Faciliter le lien avec le pharmacien hospitalier en cas d’identification de nouvelles interactions médicamenteuses, à travers un numéro de téléphone dédié ;

  • Signaler des alertes de nouvelles interactions médicamenteuses au pharmacien hospitalier ou à l’IDE ;

  • Faire remonter des informations relatives au traitement du patient au pharmacien hospitalier ou à l’IDE (observance, informations communiquées par le patient…) ;

  • Connaître les bonnes pratiques en termes d’orientation dans le réseau de soins du patient.

  • IDE libéral :

  • Faciliter la consultation des données du patient : mise à disposition d’un document récapitulant le déroulement du traitement pour le patient (Plan personnalisé de soins, PPS) ;

  • Faire remonter des alertes : survenue d’effets secondaires ou fragilités psycho-sociales vers l’équipe hospitalière ;

  • Comprendre le système ou dispositif pour aider le patient à l’utiliser si nécessaire ;

  • Connaître les bonnes pratiques en termes d’orientation dans le réseau de soins du patient.

  • Réseaux de santé et Hospitalisation à domicile (HAD) :

  • Faire le lien entre l’établissement de santé et la ville et orienter les patients dans leur parcours de soins ;

  • Avoir accès au PPS du patient pour renseigner notamment l’état de santé du patient, sa situation familiale ;

  • Intervenir en fonction du besoin psycho-social du patient pour apporter entre autres des soins de supports et un accompagnement rapproché pour les patients les plus vulnérables (à la différence de l’équipe hospitalière, les réseaux de santé et l’hospitalisation à domicile peuvent intervenir au domicile du patient pour identifier le besoin du patient sur sollicitation de l’infirmière) ;

  • Pouvoir renseigner des données utiles à porter à la connaissance des équipes hospitalières pour les prochaines consultations.

  • Associations de patients :

  • Mettre à disposition des patients des informations relatives aux associations de patients disponibles qui peuvent intervenir en complémentarité du suivi réalisé par l’IDE et les professionnels de santé libéraux ;

  • Contribuer à l’information des patients (sur la pathologie, les traitements et les droits des patients), la réassurance, l’accompagnement et au soutien du patient et de ses proches.

Bonnes pratiques organisationnelles

L’analyse de la complémentarité des retours d’expériences a permis de dégager des bonnes pratiques organisationnelles conditionnant la démarche d’implémentation des dispositifs e-santé dans la prise en charge coordonnée du patient sous anticancéreux oraux.

  • Évaluation de la capacité et l’aptitude du patient à un télésuivi

  • Évaluer en amont la capacité du patient à une autogestion de son traitement oral à domicile : un diagnostic éducatif est réalisé pour proposer des actions éducatives appropriées et adaptées à son contexte ;

  • S’assurer de l’éligibilité et de la faisabilité du télésuivi au domicile. Le dispositif peut être proposé également aux proches du patient qui peuvent l’assister dans l’utilisation des dispositifs e-santé ;

  • S’assurer en particulier du degré de compréhension et d’autonomie du patient ;

  • Organiser une formation initiale du patient à l’utilisation du dispositif.

  • Co-construction des dispositifs e-santé avec les utilisateurs sur la base d’un langage partagé

Il est indispensable de co-construire et de co-actualiser avec les patients (et proches) et les professionnels de santé hospitaliers et libéraux ces dispositifs et leurs modalités de mise en oeuvre. Ils doivent être associés à leur conception et à leur évaluation. Le recours aux dispositifs e-santé doit être considéré comme la mise à disposition d’outils au service des patients et des professionnels, non comme la seule solution à la coordination de la prise en charge.

Cette implication des utilisateurs dès la conception des dispositifs est importante afin de les insérer dans les pratiques réelles et les processus de routine en anticipant les enjeux organisationnels le plus en amont possible.

« Il a fallu un important travail d’échange avec l’ensemble des acteurs concernés par cette prise en charge pour arriver à cet outil : résultat d’une réelle dynamique de co-construction. À titre d’exemple, le pharmacien d’officine ne connait pas forcément le parcours du patient avant son arrivée à l’officine. Il s’agit de présenter les différentes étapes en amont, telle que la RCP, le temps d’accompagnement soignant… Il fallait que le projet réponde à l’ensemble des enjeux et des besoins patients mais aussi des professionnels de ville (médecins traitants, pharmaciens d’officine, infirmières libérales…) et hospitaliers. La co-construction est la garantie de l’appropriation ».

Marie-Pascale Chague (Vivalto Santé)

cf. Monographie Serious Game « ChimiOrale »

« Le jeu relié à une plateforme de suivi et de coordination « Vivaltolife » répond d’une part à l’éducation du patient avant l’initiation de son traitement, à la formation / information des professionnels. D’autre part, cette plateforme permet le suivi du patient pendant son traitement oral avec la possibilité d’échange de documents entre le patient et ses professionnels.
Le jeu lui-même a été conçu en intégrant deux volets : volet ES-Patient et volet ES-Ville afin de pouvoir répondre aussi bien à l’éducation du patient mais aussi à l’information (éducation) des professionnels de santé libéraux (médecin traitant, IDE libéral(e), officine…).
Le Serious Game a l’avantage de permettre l’évaluation de la capacité du patient à se prendre en charge à domicile en personnalisant son éducation thérapeutique afin de pouvoir proposer ce type de traitement oral à tous les patients en toute sécurité. Actuellement la moyenne d’âge des patients pris en charge au CHP de l’Europe est de 70 ans ».

Marie-Pascale Chague et Sandra Éclancher (Vivalto Santé)

Ce constat est réaffirmé par l’équipe de l’IGR lors du développement du projet CAPRI :

CAPRI

« Le contenu des différentes fonctions identifiées tant clinique qu’organisationnelle a ainsi fait l’objet d’un travail collaboratif entre différents acteurs. Les protocoles du suivi clinique ont été élaborés par les deux infirmières de coordination en lien avec l’ensemble des chefs de départements selon les besoins de chaque spécialité. La définition du contenu du dossier médical partagé a mobilisé à la fois les professionnels externes, plus particulièrement les médecins généralistes, et la direction des systèmes d’information de l’établissement afin de définir des solutions simples pour l’importation des données, et des documents médicaux en l’absence d’interopérabilité avec le dossier médical de l’établissement […]. Une étude visant à évaluer les usages et attentes des patients vis-à-vis des nouvelles technologies a également été réalisée en amont afin de définir l’outil technologique et ses fonctionnalités ».

Équipe de l’IGR

  • Élaboration d’algorithmes d’aide à la décision clinique simples et validés

  • Les dispositifs e-santé permettent de générer des alertes graduées à l’aide d’un algorithme de décision dont la pertinence médicale doit être validée. Ces algorithmes permettent d’orienter le patient vers la prise en charge la plus adéquate selon la complexité et le degré d’urgence de son état de santé afin de choisir l’acteur le plus approprié (oncologue, IDE, médecin traitant, pharmacien, urgences) ;

  • L’élaboration des algorithmes de décision s’appuie sur des questionnaires d’auto-évaluation des symptômes du patient. Ils sont construits selon le niveau de grade de toxicité et la classification CTCAE. Cette dernière nécessite une traduction préalable en « langage patient », en évitant un langage « trop sachant » afin de garantir la compréhension et l’adhésion du patient au dispositif ;

  • Les questionnaires d’auto-évaluation clinique doivent permettre de couvrir les principaux effets secondaires potentiels pour chaque médicament ;

  • L’élaboration de ces questionnaires nécessite un travail préalable de sélection des effets secondaires les plus importants et les plus significatifs pour éviter un travail fastidieux pour le patient ;

  • Il est nécessaire d’individualiser le questionnaire en fonction de chaque médicament, et de réaliser autant de questionnaires que de médicaments pour individualiser les profils de toxicités des médicaments ;

  • Il est important de tendre vers une objectivation maximale des questions (ex. : êtes-vous nauséeux ? question très subjective), sans pour autant écarter complètement la part subjective dans les questions (répercussion sur la vie quotidienne) ;

  • Il faut tenir compte de la durée du symptôme et pouvoir calculer l’aire sous la courbe du symptôme. En effet, un patient avec un grade II pendant six mois peut être plus grave qu’un patient qui a un grade III pendant deux jours.

Appli Chimio : cf. Monographie

« Un travail sur huit-cents fiches de médicaments disponibles par différentes sources (Réseaux régionaux de cancérologie, OMEDIT…) a été nécessaire par l’équipe de l’institut Curie pour sélectionner des questions objectives et aussi subjectives pour être le plus représentatif possible. Il faut limiter le nombre d’items pour éviter un rejet par le patient. Une soixantaine de questionnaires ont été élaborés (un par médicament ou association de médicaments validée par l’autorisation de mise sur le marché de deux molécules). Le patient peut choisir de répondre aux questions paramétrées (maximum neuf) ou à plus de questions parmi un choix de trente items. S’il coche une complication, alors deux ou trois sous-questions supplémentaires lui sont posées ».

Dr Maya Gutierrez Institut Curie

  • Suivi clinique étroit pour une efficacité du dispositif de télésuivi

Il est important de prévoir un temps d’éducation thérapeutique pour sensibiliser les patients à un signalement régulier des symptômes ressentis, en particulier dans les phases les plus à risque de leur traitement. En effet, il est indispensable de pouvoir dépister précocement les effets secondaires pour prévenir la survenue de toxicités sévères. La qualité de vie des patients, largement tributaire des toxicités quels que soient le grade et la durée des effets secondaires, n’est quasiment jamais évaluée dans les études cliniques. Ce n’est pas parce que ces effets indésirables ne nécessitent pas un recours hospitalier qu’il faut laisser le patient sans réponse.

« Les effets secondaires sont souvent dépistés tardivement pour différentes raisons (ex. : oncologue difficilement joignable). On a rarement un grade de toxicité de grade IV sans une certaine fenêtre ou une étape intermédiaire où le patient présente une toxicité de grade moins élevé et continue à prendre son traitement aux mêmes doses. Son état va alors se dégrader. L’objectif est de détecter ces effets secondaires plus précocement ».

Dr Maya Gutierrez Institut Curie

  • Agilité de l’organisation mise en place pour répondre aux besoins du patient

L’agilité de l’organisation mise en place pour répondre aux demandes du patient et la capacité à traiter l’information générée par les dispositifs e-santé est un point crucial. Il s’agit d’une question déterminante pour la réussite de l’implémentation des dispositifs.

Il est indispensable de mettre en place une organisation structurée et formalisée pour permettre une réponse réactive aux alertes du patient. Il est nécessaire d’être en mesure de répondre au patient et de traiter l’information qu’il soumet de manière rapide, efficace et complète. Pour ce faire, il faut définir des règles strictes de gestion des alertes (délais, professionnel, types de réponse, permanence des soins en dehors des plages d’ouverture du service…).

  • Implication des acteurs et formalisation de leurs rôles dans le parcours de soins

  • Les professionnels impliqués dans le parcours du patient doivent partager une vision claire du rôle des acteurs de la prise en charge, des faits générateurs de leurs interventions respectives :

    • Clarifier d’abord les rôles respectifs des acteurs permettra de clarifier l’usage des dispositifs e-santé qui en sera fait par les patients et les professionnels de santé ;

    • Formaliser les interventions des professionnels hospitaliers et des professionnels de ville est nécessaire pour être en mesure de définir les processus permettant de répondre de façon réactive et efficiente aux attentes du patient.

  • Le patient doit être considéré comme le point de départ du dispositif. Il fédère les acteurs autour de lui à l’aide d’un même outil de communication et de partage d’informations ; Sur un plan opérationnel, la pratique organisationnelle relevée dans les retours d’expériences étudiés (à quelques variantes près) consiste à la réalisation par l’IDE d’entretiens préalables avec les patients pour identifier ses besoins ainsi que les professionnels du premier recours avec qui il souhaite partager ses propres données. Avec son consentement, les professionnels désignés sont ensuite sollicités par un courrier électronique à intégrer la plateforme. Le professionnel doit confirmer son accord par retour de mail. L’administrateur de la plateforme se charge de l’attribution des accès, du paramétrage du dossier de télésuivi et des droits d’administration des équipes hospitalières, des médecins libéraux, des pharmaciens d’officine, IDE libérales, réseaux de santé, hospitalisation à domicile...

  • Pour faciliter la mise en œuvre de la coordination entre les acteurs, il est nécessaire de rendre plus aisée l’implication et la tâche des professionnels (particulièrement les moins fréquemment sollicités, ceux qui sont concernés par un faible nombre de patients ou moins fréquemment). Il faut éviter de surcharger d’informations les professionnels de ville et leur permettre d’accéder en temps utile aux données pertinentes pour la prise en charge de leurs patients.

« Une bonne partie de la coordination va dépendre de la compréhension mutuelle du rôle et de l’apport de chaque acteur de la prise en charge. S’il n’y a pas de reconnaissance des uns et des autres, il serait extrêmement dommageable pour le patient de ne pas bénéficier de la même qualité des soins qu’en milieu hospitalier et on va rester seulement sur une partie du parcours. Il y a un vrai travail à faire sur ce point. En fait il ne faut pas raisonner que d’un point de vue patient, mais aussi des acteurs dont il sera entouré par la suite dans son parcours de soins ».

Michel Cremadez Comité d’experts du projet ANAP « Détection et diffusion des innovations organisationnelles »

« Nous avons aussi constaté le besoin essentiel de définir le rôle de chacun dans le parcours du patient sur ce type de prise en charge. Le médecin traitant ne peut pas être toujours le recours de toutes les situations (ils n’ont pas le temps ni les moyens...). Dans notre projet, l’arbre décisionnel est décidé par l’oncologue, ayant établi le PPS avec le patient, en fonction de sa pathologie et son traitement, afin d’orienter la conduite à tenir suite aux informations transmises par le patient : ce qui relève du médecin traitant, de l’IDEC, de l’oncologue ou parfois des urgences.

On constate pour l’instant un taux de participation de 80 % des pharmaciens d’officine sollicités à la demande du patient. Ils ont besoin d’intégrer ce parcours pour délivrer un service de qualité au plus près du patient. Les médecins traitants sont intéressés, mais ils manquent cruellement de temps. Les professionnels de ville sont abreuvés d’informations, il ressort un besoin fondamental de mise à disposition des informations quand seulement ils en ont besoin. Dans notre projet innovant, c’est le patient qui identifie les professionnels de ville dont il souhaite s’entourer dans ce dispositif de coordination ».

Marie-Pascale Chague Vivalto Santé

  • L’implication des acteurs du premier recours dans le dispositif, notamment des médecins traitants est tributaire également de la qualité et de la complétude des informations qui leur sont transmises par les équipes hospitalières dès la primoconsultation afin d’assurer un relais de proximité.

« La cancérologie est certes un modèle d’organisation complexe, mais les patients sont de plus en plus orientés vers la ville et ils le seront de plus en plus. Le problème est comment avoir accès à l’expertise de l’hôpital soit pour un conseil, soit pour une hospitalisation soit avoir ce qui est le plus souvent recours au plateau technique spécialisé, c’est ça l’enjeu. La collaboration avec les professionnels dits de premier recours est une réalité.

Les progrès thérapeutiques font que le virage ambulatoire s’impose à nous. C’est vrai en chirurgie, et en médecine.

Les deux conditions pour que les médecins traitants s’impliquent dans la prise en charge des patients sous anticancéreux oraux :

  • Être tenu informés en temps réel ou quasi réel de ce qui se passe. Il y a des cas où le médecin traitant est informé avec un délai d’une semaine. Il faut que l’information qu’ils reçoivent soit pertinente...

  • Avoir accès à l’expertise de l’hôpital en cas de besoin… ».

Dr Mario Di Palma, Gustave Roussy (IGR)

Ce constat est réaffirmé par la Société française d’hématologie (SFH) dans son livre blanc « L’organisation de la prise en charge des patients sous thérapies orales en hématologie », notamment la préconisation n°5 :

« Mobiliser les acteurs de ville à l’accompagnement à long terme des patients, en lien avec l’hôpital ».

Il s’agit là d’un dénominateur commun aussi bien à une prise en charge assistée par télésuivi qu’à une prise en charge dite « standard » (assistance téléphonique formalisée ou non).

  • Métier de la coordination des soins : nouveaux enjeux

Afin d’assurer une coordination efficace et efficiente, les patients et les professionnels de santé libéraux ont tout d’abord besoin d’identifier une « seule porte d’entrée » dans le parcours de soins. Dans certains retours d’expériences étudiés, c’est le rôle de l’IDE de coordination qui peut intervenir seule, en équipe ou rattachée à une plateforme de coordination, comme c’est le cas à l’IGR et au CHP de l’Europe.

Le périmètre d’intervention de coordination étant relativement large, ce métier d’interface ville - hôpital nécessite une double compétence aussi bien clinique que managériale, ainsi qu’un positionnement transversal aux services de cancérologie de l’établissement.

Pour le cas particulier du suivi des patients sous anticancéreux oraux, la composante clinique revêt une part importante dans cette pratique et nécessite une expertise en oncologie au regard de la lourdeur et de la complexité des traitements. Le profil le plus approprié pourrait être celui d’une IDE expérimentée en oncologie avec une bonne expertise clinique. En plus de ces compétences cliniques, ce nouveau métier requiert des qualités managériales par la connaissance des professionnels et des processus de prise en charge aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’établissement de santé ; soit tout au long du parcours de santé du patient.

Les nouveaux modes de suivi à distance des patients à domicile pourraient amener à s’interroger sur la transformation du métier d’IDE de coordination ou d’autres professionnels de coordination et donc des modalités de formation de ceux-ci. En plus de l’organisation des rendez-vous et de l’assistance téléphonique au patient et aux professionnels de ville, le coordonnateur assure de nouvelles activités : l’éducation des patients et des professionnels de premier recours à ces nouvelles thérapies orales, la prise en compte de l’information dans le réseau du patient via la gestion d’une plateforme numérique, une orientation adaptée du patient selon un arbre décisionnel défini au préalable. La formation des professionnels concernés (volontaires) à ces évolutions est un aspect important à prendre en compte dans la conception des projets afin de garantir une polyvalence du personnel soignant pour une continuité de service.

« Il faut réfléchir aux questions des masters de formation pour les infirmiers spécialisés. Est-ce qu’il faut proposer un 3e type de master de pratique clinique avancée et de coordination des soins ? En tout cas, il faut valoriser dans ces plateformes ces métiers qui sont derrière un ordinateur et qui font de la Pharmacovigilance (PV) en temps réel, car ils récupèrent toutes les semaines des data de PV et ils s’occupent des malades pour le suivi et la gestion de leurs effets secondaires ».

Dr Jean-François Moulin Institut Paoli Calmettes

Pour anticiper cette évolution des métiers, certaines universités proposent d’ores et déjà des diplômes universitaires sur la coordination des parcours de soins aux professionnels voulant s’orienter vers une activité de coordination.

La question de l’évolution de la fonction de coordination doit être étudiée dans une acception plus large dépassant le seul périmètre du suivi des patients traités par les anticancéreux oraux qui demeure toutefois un des axes prioritaires dans l’expérimentation en cours conduite par la DGOS et relative au dispositif des infirmiers de coordination en cancérologie (trente-cinq équipes hospitalières et dix équipes issues du premier recours).

Cette ressource vous paraît-elle utile ?

Commentaires - Soyez le premier à déposer un commentaire

Pour ajouter un commentaire vous devez vous identifier

Vous êtes actuellement sur la page consacrée à Dispositifs e-santé pour le télésuivi des patients sous anticancéreux oraux - Bonnes pratiques, préconisations (Retour d'expérience, témoignage).

Vous êtes perdu ?

Haut de page

Vous êtes actuellement sur la page consacrée à Dispositifs e-santé pour le télésuivi des patients sous anticancéreux oraux - Bonnes pratiques, préconisations (Retour d'expérience, témoignage).

Vous êtes perdu ?